Fin de mon PVT au Canada : une course contre la montre

Voilà deux ans maintenant que j’ai activé mon PVT (Permis Vacances Travail) au Canada et que j’ai déposé mes valises à Montréal. Il parait que toutes les bonnes choses ont une fin. Mais j’ai décidé de poursuivre l’aventure et de m’installer ici. Les démarches pour pouvoir rester au Canada et notamment au Québec ont été rythmées par pas mal de péripéties, au point que cela mérite un article. Et je vous dois, du moins je dois à ceux qui me suivent depuis le début, un récit sur ce parcours du combattant. Car oui, désormais il n’est plus aussi facile de venir au Québec. Retour sur ces derniers mois marqués par des périodes de stress, de joie et de larmes.

Le Certificat de Sélection du Québec (CSQ)

Pour rester au Canada, et en particulier si vous désirez vous installer au Québec, il faut avoir dirons-nous l’accord de la province. Cette autorisation se traduit par ce fameux certificat. Pour l’obtenir, il existe différents programmes. Je me contenterai de vous parler du Programme de l’Expérience Québécoise (PEQ) qui permet “la sélection de travailleuses et travailleurs qualifiés désirant s’établir au Québec”.

Depuis le mois juillet dernier, ce programme a été révisé et est, je trouve, plus exigeant.
Par chance, je bénéficie de l’ancien régime et ne suis donc pas concernée par cette nouvelle réforme qui en décourage plus d’un.

Quoiqu’il en soit, il y a des critères pour obtenir le CSQ (avant réforme):

  1. justifier de 52 semaines de travail au Québec;
  2. être en poste au moment de la demande;
  3. démontrer qu’on comprend, parle et écrit en français (preuves de 3 années d’études en français – relevés de notes et diplômes par exemple ou bien passer ici un test écrit et de compréhension en français);
  4. et prouver qu’on adhère aux valeurs québécoises par la réussite d’un test.

Le délai pour l’obtenir était de 20 jours à une certaine époque. Il était déjà deux à trois mois  quand je suis arrivée il y a deux ans. Désormais, il est de 6 mois.

Et c’est là que commence mon parcours du combattant.

5 mois avant la fin de mon PVT

Début avril, j’ai commencé à préparer mon dossier. Je savais que les délais d’obtention pour le CSQ était de 4 mois environ à cause de la COVID-19, mais j’avais bon espoir de l’avoir dans les temps.

Premier obstacle rencontré: faire certifier conformes des documents car il était impossible de prendre RDV avec le consulat de France.

Grâce à une amie j’ai découvert le site diplome.gouv.fr qui permet d’obtenir une attestation officielle de vos diplômes. Je l’ai donc utilisé pour mon BAC et mon BTS, en complément des photocopies et d’une lettre explicative, indiquant qu’en raison de la COVID-19, j’étais dans l’incapacité de leur fournir des copies certifiées conformes. De toute façon à ce moment-là, il y avait un assouplissement sur cette condition. J’ignore si elle est encore d’actualité.

Pour l’autre document demandé, j’ai fini par trouver une alternative pour justifier pourquoi le document n’était pas exactement tel que demandé.

En tout cas, il est très important d’apporter une lettre explicative dès que vous ne pouvez pas fournir un document exigé. Sinon on considère que le dossier est juste incomplet et on vous le renvoie, voire on refuse votre demande.

Bref, mi-mai j’ai reçu ma dernière fiche de paie qui couvrait ma 52ème semaine d’expérience québécoise. J’ai enfin pu tout envoyer en recommandé avec accusé réception.

3 jours plus tard, le Ministère de l’immigration, de la Francisation et de l’Intégration du Québec (MIFI) réceptionnait mon dossier. Pour autant, cela ne signifiait pas qu’ils avaient commencé à traiter mon dossier…

Deux mois avant la fin de mon PVT: quand le stress commence à monter d’un cran

Fin juillet, j’ai découvert sur mon compte bancaire que j’avais été prélevée des frais de dossier par le MIFI. Et quelques jours plus tard, j’ai reçu l’accusé de réception officiel de leur part indiquant que mon dossier avait bien été reçu et qu’il allait être en traitement.

En suivant les différents groupes facebook des expatriés comme moi, je gardais espoir de recevoir dans les 3 voire 4 prochaines semaines le test des valeurs québécoises à passer.

Je guettais tous les jours mes courriels et un mois après, soit 1 mois avant la fin de mon PVT, n’ayant toujours rien reçu, j’ai fini par contacter le Protecteur du Citoyen.

Le Protecteur du Citoyen, c’est quoi? C’est un organisme indépendant qui s’assure que les droits des citoyens soient respectés par les services publics. J’en avais beaucoup entendu parler à travers diverses publications sur les réseaux sociaux. J’avais l’impression que les personnes qui y faisaient appel, voyaient le traitement de leur dossier s’accélérer. De plus, avant la réforme du mois de juillet, il était toujours écrit sur le site du MIFI que les dossiers seraient traités en 20 jours ouvrés, bien que nous savions tous que ce n’était plus le cas.

J’ai donc saisi le Protecteur du Citoyen pour porter plainte pour délais non respectés, J’ai également ajouté que cela me mettait vraiment dans l’embarras à cause mon visa de travail qui se terminait dans un mois.

Deux jours après, j’ai reçu un courriel de la personne en charge de mon dossier pour me dire qu’elle allait faire un suivi auprès du MIFI.

Et quelques jours plus tard, hasard ou non, une invitation à passer le test des valeurs québécoises attendait dans ma boite de réception.
Le soir-même, j’ai passé le test. Une heure après je le réussissais. De vous à moi, il n’y a rien de compliqué. C’est juste un peu long. Faites comme moi, accompagnez-vous d’un verre de Sangria 🙂

2 semaines avant la fin de mon PVT: quand mes espoirs s’amenuisent

Même si je savais que je pouvais faire une demande de renouvellement de permis en ligne, sous un A75 (dispense d’une Étude d’Impact sur le Marché du Travail) avec mon employeur, cette idée ne me réjouissait pas du tout.

Pourquoi ? Certes, cela ne m’empêchait pas de travailler durant tout le traitement du dossier. Mais les délais sont de plus 90 jours. Et pendant toute la durée du traitement, on se retrouve en statut implicite. Cela se traduit par l’impossibilité revenir sur le territoire avec un visa de travail en cas de sortie. Autrement dit, le fait de sortir du Canada sous ce statut implique une perte du statut – de travailleur.

Dit comme ça, on pourrait se dire que ce n’est pas grave. Mais je vais peut-être devoir rentrer en France pour une urgence familiale et il était hors de question que je me retrouve coincée ici.

Bref, 12 jours avant la fin de mon PVT, soit 2 semaines après avoir validé le test des valeurs québécoises, je me suis permise de contacter le MIFI. J’ai tenté de savoir si mon CSQ allait bientôt être envoyé. La personne au téléphone m’a juste répondu qu’elle ne savait pas car mon dossier était toujours en cours de traitement…

Le lendemain, j’ai recontacté le Protecteur du Citoyen en expliquant le stress pour moi et ma fille de ne pas savoir où ça en était. On m’a répondu le lendemain qu’ils allaient demander à ce que mon dossier soit traité en priorité.

Durant le week-end qui a suivi, soit quelques jours avant la date butoir de la fin de validité de mon PVT, je m’étais résignée à préparer mon dossier de renouvellement de permis en ligne. Clairement, je ne croyais plus du tout à la possibilité de recevoir mon CSQ dans les temps. Cela m’a pris 3 soirs pour tout faire correctement.

3 jours avant la fin de mon PVT: les 3 jours les plus stressants de ma vie

Je découvre un matin que quelqu’un a essayé de me joindre pendant que j’étais sous la douche. Un message avait été laissé sur mon répondeur.

C’est là qu’a commencé l’ascenseur émotionnel… Le Protecteur du Citoyen m’a annoncé qu’ils allaient clôturer mon dossier car le MIFI aurait envoyé mon CSQ quelques jours plus tôt! Incroyable, moi qui n’y croyais plus, j’avais espoir de pouvoir faire le tour du poteau!

Le tour du poteau, c’est quoi? C’est le fait de sortir du territoire et re-rentrer pour activer un visa.

J’ai donc commencé à planifier cette éventualité en me renseignant un peu partout. Officiellement, ce n’est pas possible de le faire. C’est le discours tenu par le service immigration du Canada. Pourtant j’avais lu des témoignages de personnes l’ayant fait et réussi à obtenir un nouveau visa. Donc je me suis dit pourquoi pas moi…

Mais le 1er jour, pas de courrier. Un peu déçue, je me disais que j’allais le recevoir le lendemain et que je ferai le tour du poteau le dernier jour de mon permis valide, soit le sur-lendemain.

Je m’étais même arrangée avec des amis pour leur emprunter leur voiture. Bref, j’étais prête!

Le lendemain donc, j’ai entendu la factrice monter les escaliers et mettre quelque chose dans la boite aux lettres. Mais grosse déception toujours RIEN. C’était pour ma voisine…

Et là panique à bord, car le courrier n’est déposé qu’en début d’après-midi. Cela signifiait qu’il me restait une infime chance de faire le tour du poteau si seulement le lendemain, soit le dernier jour de mon PVT, je recevais mon CSQ. Autrement dit, si c’était le cas, j’allais tenter le tour du poteau dans la foulée, en plein milieu de l’après-midi.

Toujours la veille, l’avocate de mon travail m’appelle pour prendre de mes nouvelles. Elle me déconseille de faire le tour du poteau par crainte qu’on ne m’autorise pas à revenir sur le territoire avec mon PVT qui se termine. Puis elle a fini par me dire que si jamais je tenais absolument à le faire, d’assurer mes arrières en déposant une demande en ligne pour le renouvellement du permis. Chose que j’ai fait le soir-même.

Le dernier jour de mon PVT: la course contre la montre

Comme prévu, j’ai décidé de garder ma fille à la maison. J’ai préparé mon dossier et à 13h30 j’étais sur le balcon en train de guetter l’arrivée de la factrice…

13h45, elle était là. Elle nous a entendu et a levé la tête pour nous dire bonjour. Je lui ai demandé si elle m’apportait une bonne nouvelle. Elle a regardé et m’a dit que j’avais un courrier de l’immigration. J’ai sauté de joie en lui expliquant que j’attendais impatiemment cette lettre depuis 2 jours déjà et qu’elle avait entre ses mains mon avenir ici!

Je suis alors descendue récupérer la grande enveloppe et j’ai eu la joie de découvrir nos CSQ. J’étais si heureuse que ma fille sautait de joie aussi, sans trop savoir pourquoi. Elle voyait sa maman contente, donc elle était contente aussi.

14h10, nous étions dans la voiture prêtes à partir à la frontière américaine, St-Bernard-de-Lacolle, la plus proche (1h de voiture) et, qui apparemment, activait toujours des visas.

Durant tout le chemin, alors que ma fille dormait, j’étais à la fois excitée, heureuse et stressée. Je partais seule avec elle, en terre inconnue.

15h15, nous avons franchi la frontière US sans trop difficulté. C’est là que j’ai fait “le tour du poteau”. En gros, je dois repartir dans l’autre sens. La personne à la frontière canadienne m’a alors dit que plus aucun visa n’était délivré pour la journée car le quota avait déjà été atteint. Je lui ai donc expliqué que je venais de recevoir mon CSQ et que c’était le dernier jour de non PVT.

Très sympathique, elle m’a alors invitée à patienter plus loin dans ma voiture en me disant que vu ma situation, ils feraient peut-être une exception pour la journée.

17h00, un agent est enfin venu me voir, mais pour me dire qu’il n’était plus possible de faire de permis pour la journée. J’ai re-expliqué ma situation. Mais il m’a redit que c’était impossible et il était désolé que je sois venue pour rien. Il a essayé de me rassurer en me parlant du statut du implicite. J’ai dû lui dire que j’allais peut-être devoir rentrer pour une urgence familiale en France et que je ne voulais pas me retrouver coincée ici à cause de ce statut.

Je voyais bien qu’il était gêné de nous refuser l’activation du visa car il n’arrêtait pas tantôt de me regarder, tantôt de regarder ma fille. J’ai continué à négocier en expliquant que je n’avais pas pu faire autrement et que c’était injuste de nous pénaliser parce que j’avais tout fait dans les temps, comme je pouvais. Et que j’étais venue tenter le tout pour le tout.

Au bout d’un moment, j’ai fini par craquer. Tous les espoirs qui étaient revenus venaient de partir en fumée. J’avais tant misé sur ça. Je n’en pouvais plus, j’étais à cran. C’était comme si je venais de parcourir un marathon et qu’on me disait que je n’avais pas fini dans les 10 premiers.

Finalement, l’agent a fini par craqué aussi. Non il n’a pas pleuré, mais il a cédé et a pris nos papiers en me disant qu’il allait voir ce qu’il pouvait faire.

20 minutes après, une agente au loin m’a fait signe de rentrer dans les bureaux, alors que j’étais toujours dans la voiture avec ma fille.

Après un petit passage aux toilettes, j’ai payé pour faire mes empreintes biométriques. J’ai encore patienté. Puis on est venu me chercher pour les faire. J’ai attendu à nouveau.

18h15, nous sommes ressorties avec nos nouveaux visas, soit 3h après notre arrivée et un peu moins de 6h avant la fin de mon PVT.

19h15 retour sur Montréal pour fêter ça!

Le lendemain, direction les Cantons-de-l’Est pour profiter des belles couleurs d’automne et savourer la réussite de ce premier pas vers la résidence permanente.

Ce récit très long – presque digne d’un film – vous montre à quel point ces derniers mois n’ont pas été faciles pour réaliser mes projets et ô combien il est devenu difficile de venir s’installer au Québec. Il faut s’armer de beaucoup de patience. Je m’estime très chanceuse d’avoir eu sur le fil du rasoir mon CSQ et d’avoir pu faire le tour du poteau, avec à la clé un nouveau permis de travail. Je lis des témoignages moins chanceux sur les différents groupes d’expatriés comme moi et je leur souhaite à tous bon courage. Le CSQ est la première étape pour la résidence permanente. Mais le chemin est encore long pour l’obtenir. Je vais bientôt lancer les démarches et j’espère l’avoir d’ci fin 2022, début 2023 au plus tard! En attendant, je vais continuer à profiter de cette nouvelle vie et vous partager mes nouvelles découvertes.

1 Comment on Fin de mon PVT au Canada : une course contre la montre

  1. Avatar
    COLIN Franck
    20 octobre 2020 at 8 h 15 min (1 mois ago)

    Bravo pour ta détermination Nathalie.
    Texte presque parfait mais l’ancien prof que je suis a évidemment toujours à redire.
    Tu as oublié sauf erreur de ma part de dire ce que signifie PVT (sans doute Permis de Vie Temporaire)
    Sinon moins grave A75 c’est quoi?
    Et pour le détail le de de tout de même a sauté..
    Je ne sais pas si tu peux corriger ton texte mais traduire PVT ce serait mieux car c’est quand même le titre.
    En tous cas merci de nous faire partager tes tranches de vie et si tu dois revenir en France tu sais qu’on est là. Franck et Fabienne

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